Les repères à garder en tête avant d’aller courir
- Le point de côté est le plus souvent une douleur brève et localisée sous les côtes, liée à l’effort.
- Il n’a pas une cause unique prouvée, mais l’intensité, la respiration et le contenu de l’estomac comptent souvent.
- Sur le moment, le mieux est de ralentir, d’allonger l’expiration et de relâcher le tronc.
- Pour limiter les récidives, l’échauffement, le timing des repas et le gainage font une vraie différence.
- En trail, les relances, les montées et les prises de boisson ou de gels mal gérées augmentent le risque.
- Une douleur inhabituelle, persistante ou associée à d’autres symptômes mérite un avis médical.
Le point de côté à la course, ce que c’est vraiment
Je distingue toujours le point de côté d’une vraie douleur abdominale. En pratique, il s’agit d’une gêne aiguë, souvent piquante ou crampoïde, située sous une côte ou dans le flanc, qui apparaît pendant l’effort puis s’estompe à l’arrêt ou au ralentissement.
Le nom scientifique le plus utilisé est douleur abdominale transitoire liée à l’exercice. Le terme dit déjà l’essentiel: c’est fréquent, lié à l’activité, et le plus souvent bénin. Ce n’est pas un signe de manque de forme à lui seul; un coureur entraîné peut en avoir autant qu’un débutant si le contexte s’y prête.
La nuance importante, c’est que la douleur doit rester compatible avec l’effort. Si elle devient diffuse, très intense, continue au repos ou s’accompagne d’autres signes, je change immédiatement de lecture du problème. C’est justement ce tri qui permet d’agir vite sans banaliser ce qui ne l’est pas.
Pourquoi il apparaît pendant la course
On ne dispose pas d’une cause unique et définitive, mais plusieurs mécanismes plausibles reviennent souvent. Le premier concerne le diaphragme, le principal muscle respiratoire: quand l’intensité monte et que la respiration devient courte, il peut se contracter de façon moins fluide. Le second concerne les attaches internes du péritoine et des viscères, mises en tension par les impacts et le balancement du tronc.
Dans la vraie vie, je vois surtout des combinaisons. Un départ trop rapide, un repas encore présent, une boisson très sucrée avalée juste avant le départ, puis une respiration haute et saccadée: le terrain est parfait pour faire apparaître la douleur. En trail, les montées explosives et les relances en descente ajoutent une contrainte mécanique supplémentaire.
| Déclencheur fréquent | Ce que cela favorise | Ajustement utile |
|---|---|---|
| Départ trop rapide | Ventilation courte, tronc crispé, douleur précoce | Monter en régime sur 10 à 15 minutes |
| Repas copieux ou boisson très sucrée | Estomac trop chargé, gêne sous les côtes | Alléger le repas et tester l’apport avant l’entraînement |
| Respiration thoracique courte | Diaphragme moins mobile | Allonger l’expiration et respirer plus bas |
| Gainage insuffisant | Tronc moins stable, impact plus brutal | Renforcer la sangle abdominale et le dos |
| Terrain irrégulier | Relances et torsions répétées | Stabiliser la cadence et lisser l’effort |
L’idée n’est pas de chercher une cause unique à tout prix. Ce qui compte, c’est de repérer ce qui, chez vous, revient avant les épisodes. C’est souvent là que se trouve le levier le plus rentable.

Que faire dès que la douleur apparaît
Le premier réflexe est simple: ralentir tout de suite. Continuer à l’identique, en serrant les dents, prolonge souvent la crise. Je conseille de passer à une marche active ou à une allure très facile pendant une minute ou deux, le temps de faire redescendre la tension respiratoire.
- Allongez l’expiration, même si l’inspiration reste brève. Une expiration plus longue aide souvent à relâcher le diaphragme.
- Penchez légèrement le buste vers l’avant ou inclinez-vous du côté opposé à la douleur si cela vous soulage.
- Appuyez doucement sur la zone douloureuse avec la main, sans bloquer la respiration.
- Reprenez ensuite en cadence souple, pas en repartant d’un coup à l’allure de départ.
Une astuce utile consiste à caler la respiration sur les appuis, avec une expiration volontairement plus marquée. Ce n’est pas magique, mais cela redonne souvent de la maîtrise quand la douleur est encore modérée. Si la gêne persiste malgré ces gestes, je préfère arrêter la séance quelques minutes plutôt que d’insister.
Ce point est important pour les coureurs de trail: sur un passage technique, l’envie de forcer la relance est fréquente, mais c’est précisément là que la douleur s’installe plus longtemps.
Comment réduire le risque avant de partir
La prévention marche mieux quand on agit sur trois leviers en même temps: le timing alimentaire, l’échauffement et la stabilité du tronc. Isolé, chacun aide un peu. Ensemble, ils changent souvent beaucoup.
Avant la séance
Je recommande en pratique d’éviter le repas copieux dans les 2 à 3 heures avant une sortie soutenue. Si vous devez manger plus près de l’effort, gardez quelque chose de léger et facile à digérer. Les boissons très concentrées en sucre sont aussi à tester avec prudence, surtout avant les séances intenses.Un échauffement progressif de 10 à 15 minutes suffit souvent à faire la différence. Le but n’est pas de transpirer fort dès le départ, mais de laisser la respiration et la posture se mettre en place sans à-coups.
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Pendant la semaine
Je vois aussi un intérêt réel au renforcement du gainage, à condition de le faire sobrement et régulièrement. Deux courtes séances par semaine, centrées sur la sangle abdominale, le contrôle du bassin et le dos, ont plus d’intérêt qu’un bloc lourd et rare. L’objectif est de garder le tronc stable quand la fatigue monte.
- Planche frontale et latérale en versions courtes et propres.
- Travail de respiration diaphragmatique hors course.
- Renforcement du dos et des obliques, sans chercher l’épuisement.
Je n’emploie pas le gainage comme promesse miracle. En revanche, chez les coureurs qui reviennent sans cesse avec la même douleur, c’est souvent une pièce manquante assez nette.
Ce qui change sur route, en côte et en trail
La route à allure régulière et le trail ne sollicitent pas le corps de la même façon. En trail, les variations de pente, les changements de rythme et les mouvements du buste rendent le point de côté plus facile à déclencher si la sortie démarre trop vite ou si l’alimentation est mal calée.
Dans les montées, je conseille de penser « économie » plutôt que « bravoure ». Réduire légèrement l’amplitude, garder des expirations franches et accepter de marcher dans certaines pentes raides peut éviter une crise qui coûtera bien plus de temps plus loin. Sur les longues sorties, mieux vaut aussi fractionner les apports en boisson et en énergie au lieu d’avaler une grande quantité d’un coup.Le trail a une autre particularité: on y rencontre souvent des douleurs qui se ressemblent mais ne viennent pas du même endroit. Un flanc qui se bloque après un gel pris trop vite n’a pas la même lecture qu’une gêne qui revient sur chaque relance en descente. C’est pour cela que j’insiste sur le contexte exact d’apparition.
Quand il faut arrêter de considérer cela comme un simple point de côté
La plupart du temps, la douleur disparaît avec le ralentissement ou la marche. Mais si elle persiste longtemps, revient très souvent malgré des ajustements simples, ou survient hors effort, je ne la traite plus comme une gêne banale.
Je demande un avis médical plus vite si la douleur s’accompagne de fièvre, de vomissements, d’un malaise, d’une gêne respiratoire, d’une douleur thoracique ou d’une douleur abdominale très localisée qui ne cède pas à l’arrêt. Une douleur qui migre ou qui devient franchement continue mérite aussi d’être examinée.
Dans ce type de situation, le bon réflexe n’est pas d’augmenter les étirements ou de multiplier les astuces, mais de chercher la vraie cause. C’est plus prudent, et souvent plus rapide au final.
Le protocole simple que je fais tester sur trois sorties
Quand un coureur me dit qu’il a des points de côté à répétition, je pars sur une expérience courte et très concrète. Pendant trois sorties, il note l’heure du dernier repas, la boisson prise avant le départ, le niveau d’intensité au début de séance et le moment exact où la douleur apparaît. Ce petit relevé révèle souvent un schéma que la mémoire seule masque.
Ensuite, je ne change qu’un paramètre à la fois: un départ plus progressif, un repas plus léger, puis un travail de respiration ou de gainage. C’est la meilleure manière d’identifier ce qui compte vraiment, sans transformer chaque sortie en laboratoire compliqué. Pour beaucoup de coureurs, ce protocole simple suffit déjà à faire baisser nettement la fréquence des crises.
Au fond, le point de côté n’est pas un mystère à résoudre par une seule technique, mais un signal utile à lire. Quand on ajuste l’allure, la respiration, la digestion et la préparation, la douleur se fait souvent beaucoup plus rare, et les sorties longues deviennent plus stables.