Après 40 ou 50 kilomètres, la volonté ne suffit plus à avancer. La préparation doit alors réunir endurance, gestion de l’effort, nutrition, équipement et récupération. Je présente ici les repères concrets que j’utilise pour préparer un ultra trailer, éviter les erreurs classiques et progresser sans sacrifier sa santé.
Les repères essentiels pour durer sur les longues distances
- Progressivité : prévoyez généralement 12 à 20 semaines de préparation spécifique.
- Volume : alternez sorties longues, dénivelé, endurance facile et renforcement.
- Nutrition : testez progressivement environ 40 à 70 g de glucides par heure.
- Gestion : marchez dans les fortes pentes avant que la fatigue ne s’installe.
- Sécurité : adaptez toujours votre matériel à la météo, au terrain et à la durée prévue.

Comprendre ce qui distingue vraiment l’ultra-trail
En France, on parle généralement d’ultra-trail lorsqu’une course dépasse la distance du marathon, avec des formats fréquents de 50, 80, 100 ou 160 kilomètres. La distance ne suffit pourtant pas à mesurer la difficulté. Un parcours de 80 kilomètres avec 4 000 mètres de dénivelé positif peut être plus exigeant qu’un 100 kilomètres roulant.
Ce qui compte, c’est la combinaison entre le kilométrage, le dénivelé, la technicité, l’altitude, la météo et le temps passé dehors. Je regarde toujours le profil de la course avant de regarder le nombre de kilomètres, car le dénivelé et le terrain dictent le rythme réel.
| Format | Profil courant | Priorité de préparation |
|---|---|---|
| 50 à 70 km | 5 à 10 heures d’effort | Endurance, descentes et nutrition |
| 80 à 110 km | 10 à 20 heures d’effort | Gestion, résistance musculaire et ravitaillement |
| 120 à 170 km | Une à deux nuits possibles | Autonomie, sommeil, stratégie et mental |
La pratique demande aussi d’accepter une allure moins spectaculaire qu’en trail court. Sur un ultra, courir chaque montée est souvent une erreur. Marcher vite dans les pentes raides permet d’économiser les quadriceps et de conserver une meilleure régularité jusqu’à l’arrivée.
Construire une préparation solide sans courir trop vite
Je conseille de prévoir au moins 12 semaines pour un premier objectif raisonnable, et davantage pour une épreuve de 100 kilomètres ou plus. Le plan doit partir du niveau actuel, pas d’un volume idéal trouvé dans un tableau. Une progression trop brutale augmente surtout le risque de blessure et de fatigue persistante.
Les quatre piliers d’une semaine efficace
- Endurance facile : une à trois sorties où l’on peut parler sans être essoufflé.
- Travail en côte : montées en courant ou en marche active pour renforcer les jambes.
- Sortie longue : elle développe la résistance et sert à tester l’alimentation.
- Renforcement : deux séances courtes ciblant les mollets, les fessiers, les ischio-jambiers et le gainage.
Pour un coureur déjà régulier, une semaine peut représenter 4 à 6 séances, avec une majorité d’intensité basse. Je préfère réduire une séance rapide plutôt que supprimer la sortie longue, mais seulement si la fatigue reste maîtrisée et que les douleurs ne s’installent pas.
Les sorties longues et les week-ends spécifiques
Une sortie longue de 3 à 5 heures suffit souvent au début de la préparation. Pour les formats très longs, les week-ends avec deux sorties rapprochées sont utiles, par exemple 4 heures le samedi puis 2 heures le dimanche. L’objectif n’est pas de reproduire la course entière, mais d’apprendre à avancer avec des jambes déjà fatiguées.
Je déconseille de chercher à courir 70 ou 80 kilomètres à l’entraînement avant un premier ultra. Le coût musculaire serait élevé pour un bénéfice limité. Il est plus pertinent de travailler le temps d’effort, le dénivelé, l’alimentation et la capacité à rester efficace lorsque la foulée devient moins confortable.
Apprendre à manger et à boire avant le jour de course
La nutrition ne se découvre pas le matin du départ. Sur un effort de plusieurs heures, je commence généralement à boire et à manger dès la première demi-heure, même si la sensation de faim n’est pas encore présente. Attendre le coup de fatigue rend souvent la correction difficile.
Une base simple pour les glucides
Un coureur entraîné peut viser progressivement 40 à 70 g de glucides par heure, selon sa tolérance, son allure et la durée de l’épreuve. Certains athlètes bien préparés vont plus haut, mais ce niveau doit être testé pendant plusieurs semaines avec des produits et des aliments réellement disponibles en course.
- Une boisson glucidée par petites gorgées régulières.
- Une barre, une compote ou une portion solide toutes les 45 à 60 minutes.
- Des aliments salés lorsque le goût sucré devient écœurant.
- Un apport de caféine uniquement si elle a déjà été testée à l’entraînement.
Je varie les textures, car les gels seuls deviennent difficiles à avaler après plusieurs heures. Banane, gâteau de riz, pommes de terre, bouillon ou fromage peuvent compléter les produits énergétiques, à condition d’être tolérés par le système digestif.
Hydratation et ravitaillements
La quantité à boire dépend de la chaleur, du vent, de l’intensité et de la transpiration. Boire mécaniquement le plus possible n’est pas une stratégie fiable. Je préfère définir une fourchette personnelle, souvent autour de 400 à 750 ml par heure, puis l’adapter aux conditions.
Avant la course, je repère la distance entre les ravitaillements et le contenu proposé. Je transporte toujours une marge suffisante pour un retard, une erreur de parcours ou une météo qui ralentit l’allure. Une stratégie bien préparée doit rester souple, car l’estomac ne réagit pas toujours comme prévu après huit heures d’effort.
Choisir un équipement fiable et gérer son effort
Le meilleur équipement est celui que l’on a déjà utilisé dans des conditions comparables. Pour une course longue, un sac d’hydratation de 5 à 12 litres suffit souvent, mais la capacité dépend du matériel obligatoire et de l’espacement des ravitaillements.
- Chaussures adaptées au terrain et déjà rodées.
- Réserve d’eau et moyen de filtration ou de remplissage si nécessaire.
- Veste imperméable, couverture de survie et lampe frontale selon le règlement.
- Téléphone chargé, batterie de secours et sifflet.
- Bâtons si le parcours comporte beaucoup de dénivelé et si leur utilisation est maîtrisée.
- Vêtements secs ou couche chaude pour les passages exposés et la nuit.
Je répartis les objets selon leur fréquence d’utilisation. Les gels et la flasque doivent rester accessibles, tandis que la couverture de survie ou les vêtements de rechange peuvent rester dans une poche moins pratique. Un sac mal organisé fait perdre du temps et augmente l’irritation lorsque la fatigue arrive.
Courir avec une stratégie plutôt qu’avec l’ego
Les premiers kilomètres doivent sembler faciles, presque trop faciles. Je surveille davantage la respiration et la régularité que l’allure affichée par la montre. Sur un parcours montagneux, une montée parcourue à pied dès le début peut économiser suffisamment d’énergie pour courir efficacement les portions roulantes plus tard.
Je divise aussi la course en blocs correspondant aux ravitaillements. Cette méthode rend un objectif de 100 kilomètres moins intimidant et permet de prendre des décisions concrètes. À chaque point, je vérifie trois éléments simples, boire, manger, ajuster l’équipement, avant de repartir.
Protéger sa santé pendant la préparation et la course
Une préparation réussie ne se mesure pas seulement au nombre de kilomètres accumulés. Le sommeil, l’alimentation quotidienne et les jours de récupération déterminent la capacité du corps à assimiler la charge. Une fatigue qui dure plus de quelques jours, une baisse inhabituelle de motivation ou une douleur qui modifie la foulée doivent conduire à réduire l’entraînement.
Le renforcement est particulièrement utile pour les descentes. Les contractions excentriques, celles où le muscle résiste en s’allongeant, provoquent une forte fatigue des quadriceps. Des fentes, des step-downs et des descentes contrôlées d’escaliers peuvent préparer les jambes, avec un volume progressif et sans douleur articulaire.
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Les erreurs qui coûtent le plus cher
- Augmenter simultanément le kilométrage, le dénivelé et l’intensité.
- Tester de nouvelles chaussures ou un nouveau gel le jour de la course.
- Partir trop vite parce que les sensations sont bonnes.
- Négliger les descentes, qui abîment les muscles plus qu’elles ne le laissent penser.
- Boire excessivement sans tenir compte de la chaleur et des apports alimentaires.
- Continuer malgré une douleur qui change la façon de courir.
Les troubles digestifs, les ampoules et les douleurs musculaires se traitent plus facilement lorsqu’ils sont pris tôt. Je préfère ralentir quelques minutes, ajuster mes chaussettes ou manger plus doucement plutôt que de transformer un signal faible en problème qui compromet toute la course.
Transformer une première expérience en progression durable
Après l’épreuve, je note ce qui s’est réellement passé, sans me limiter au classement. Le temps passé à chaque ravitaillement, les aliments bien tolérés, les passages difficiles et les erreurs de gestion fournissent des informations plus utiles qu’une simple allure moyenne.
La récupération commence dès l’arrivée avec des liquides, des glucides et une source de protéines, puis se poursuit par plusieurs nuits de sommeil suffisant. Pour un effort très long, je laisse généralement au moins une à deux semaines avant de reprendre une charge normale, parfois davantage si la course a été particulièrement exigeante.
Un bon ultra ne consiste pas à repousser ses limites à chaque sortie. Il consiste à savoir les reconnaître, à préparer ses réponses et à revenir en bonne santé. C’est cette régularité, bien plus que le matériel dernier cri ou les séances héroïques, qui permet de devenir un coureur d’ultra-endurance durablement performant.